Cinéma | Nouvelles du front

Passion
un film de Brian De Palma (2012)

Passion - Brian De PalmaMaître incontesté du thriller, genre qu’il dynamita avec Sisters (alias Sœurs de sang, 1973), Phantom of the Paradise (1974), Obsession (1976), Pulsions (1980)  ou encore Blow Out (1981), Brian De Palma retourne aux sources avec son dernier film en date ; le très sage mais néanmoins agréable Passion. Situant son récit d’une rivalité professionnelle entre deux femmes qui tourne rapidement au harcèlement moral dans une agence de pub, le réalisateur américain peut revenir à ce qui l’a depuis toujours fasciné en premier lieu : l’image et sa tendance à trahir celui qui l’observe. Dans cet univers où l’on passe sans cesse de luxueux lofts en open-spaces, la première règle semble être d’offrir coûte que coûte la meilleure image de soi. Mais quand toutes les relations, qu’elles soient amicales ou professionnelles, sont fondées sur le mensonge et l’hypocrisie, que la confiance est bafouée à chaque instant par les ragots de collègues ambitieux, le risque d’implosion devient une menace perpétuelle.

Passion - Brian De PalmaOn pourrait évidemment lire dans Passion une critique de l’arrivisme et de la société de l’image, de l’omniprésence des écrans et du stress dans nos vies quotidiennes, mais sans doute mieux vaut-il ne pas trop y réfléchir car De Palma nous offre surtout un sympathique film de divertissement sans la moindre prétention (dont les Nolan et Tarantino de ce monde feraient bien de s’inspirer). Certes, si on en retire les écrans portatifs, le film aurait pu être produit à l’identique il y a une trentaine d’années et ne propose aucune réelle innovation – même les split-screens et autres sauts d’écrans nous paraissent désormais classiques tant le réalisateur nous y a habitué – mais le spectateur trouve toujours du plaisir à se faire prendre au piège habilement tendu et à laisser cette caméra virtuose guider son regard. Ce qui frappe d’emblée, et tout au long du film, est en effet ce désir de De Palma d’imposer un point de vue par ses choix de cadrages et de mouvements de caméra, c’est-à-dire de raconter au spectateur quelque chose par l’image. Ce procédé étant devenu totalement absent du cinéma grand public, on en oublierait presque que le cinéma est avant tout l’art de la narration visuelle et non pas simplement la bête illustration d’un récit. Passion nous le rappelle brillamment et avec humour. L’unique reproche qu’on pourrait faire au film est de rester bien trop sage pour choquer mais, avouons-le, ça fait plaisir de retrouver l’un des grands artisans du cinéma de genre en aussi bonne forme.

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