Under the Skin (Jonathan Glazer, 2013) | Cinésthésies

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Under the Skin
un film de Jonathan Glazer (2013)

Under the Skin (Jonathan Glazer, 2013)Certains films s’appliquent à faire vibrer la corde émotionnelle du spectateur, d’autres encore poussent à la réflexion. Puis il y a ceux qui, comme Under the Skin, naviguent entre l’austérité d’une approche cérébrale et les eaux miroitantes de l’expérience purement sensorielle, nous désorientant pour mieux subjuguer et féconder l’imaginaire. Lorgnant autant du côté du 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968) que du Solaris d’Andreï Tarkovski (1972) ou de L’Homme qui venait d’ailleurs de Nicolas Roeg (1976), sans jamais se donner les moyens d’atteindre les mêmes cimes que ses estimables modèles, Jonathan Glazer nous convie donc avec ce troisième long-métrage à une découverte parfois fascinante d’un cinéma explorant la poésie radicale et la force suggestive d’images se suffisant à elles-mêmes. Parfois seulement, car le réalisateur laissera souvent le récit elliptique et éthéré lui filer entre les doigts alors que ses choix de mise en scène éclipsent un propos toujours plus évanescent.

Under the Skin (Jonathan Glazer, 2013)Quelle est cette chose qui arpente les rues de Glasgow dissimulée sous la peau de Scarlett Johansson ? Quelle est sa nature et qu’est-elle venue faire sur Terre à errer, chasser et s’égarer parmi les Hommes ? Autant de questions auxquelles le film omettra d’apporter le moindre élément de réponse et dont le spectateur finira par se désintéresser en l’attente de ces inoubliables séquences visionnaires qui ponctuent une narration à la dérive. Du parti pris d’alterner stylisation extrême et réalisme quasi documentaire découle un film à l’aspect décousu, auquel le brillant travail sur le son et les compositions bruitistes de Mica Levi parviennent malgré tout à rendre une certaine cohérence. Mais cette dernière demeurera obstinément en surface, le réalisateur abusant de l’épure scénaristique au point de n’avoir plus la moindre idée à faire dialoguer avec ses trouvailles visuelles. À mesure que le récit accumule dans sa deuxième moitié les poncifs du genre, la menace insidieuse des premiers instants s’estompe et l’érotisme morbide s’essouffle. L’inventivité de la mise en scène s’en trouve dès lors compromise : agréable à contempler, l’objet s’expose dans toute sa beauté glaciale à l’écran mais sonne irrémédiablement creux.

Under the Skin (Jonathan Glazer, 2013)Under the Skin oublie l’essentiel en sacrifiant ainsi le fond sur l’autel de la forme ; forme d’une splendeur certes indéniable mais fatalement vaine. L’éblouissante séquence d’ouverture en deux mouvements magnétisait pourtant le regard, celles décrivant l’étrange sort qui attend les proies menées par la belle étrangère en un dangereux jeu de séduction jusqu’à sa tanière sont d’une angoissante beauté. À force d’esthétisation, le film s’enlise cependant dans son propre piège. Bien interprété dans son ensemble, il reste trop calculateur dans son approche pour insuffler de la vie à ses personnages et nous permettre d’adhérer au comportement instinctif de son protagoniste. Dénué de substance et d’âme, Under the Skin peine alors à nous offrir ce que promettait justement son titre, cette peau qui n’est pas sans intérêt ne dévoilant rien alors qu’elle se rompt pour enfin trahir les apparences.

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