Cinéma | Nouvelles du front

Satan, mon amour (The Mephisto Waltz)
Paul Wendkos (1971)

Satan, mon amour - Paul WendkosAvec Satan, mon amour, Wild Side agrémente son excellente collection des Introuvables d’une perle rare et méconnue du cinéma d’horreur américain des années 1970. Rappelant d’un point de vue esthétique le travail de Mario Bava – on pensera notamment à Six femmes pour l’assassin (1964) – le film préfigurait par ailleurs l’atmosphère étouffante de Ne vous retournez pas (Nicolas Roeg, 1973) et, avec son utilisation sporadique de couleurs saturées, la stylisation extrême de Suspiria (Dario Argento, 1977). Dès 1971, Paul Wendkos signait donc l’un des grands films d’horreur d’une décennie que l’on sait d’une immense richesse pour le genre.

Myles Clarkson, concertiste raté devenu critique musical, est convié par le génial mais irascible pianiste Duncan Ely qui vient de lui accorder une rare, et donc précieuse, interview. Dès leur première rencontre, le vieillard et sa fille Roxanne s’éprennent de lui et s’immiscent dans sa vie familiale jusque-là assez banale. L’étrangeté s’installe dès que Duncan, ayant remarqué les grandes mains du journaliste, encouragera le jeune homme à reprendre sa carrière de musicien. Si Myles semble heureux d’intégrer le cercle mondain de son nouvel ami, sa femme, Paula, se montrera quant à elle plus que réticente. Hostile à leurs mœurs qu’elle juge décadentes, notamment après un bal masqué en célébration du nouvel an, elle suppliera son mari de ne plus voir Duncan et ses proches. Alors que se dessine chez leurs nouvelles fréquentations un inquiétant penchant pour les sciences occultes, il s’avérera être malheureusement déjà bien trop tard. Voyant Myles lentement lui échapper, Paula suspectera rapidement Roxanne d’avoir ensorcelé son mari tout en sachant pertinemment que ces inquiétudes irrationnelles ne pourraient être que le fruit de son propre sentiment de jalousie.

Satan, mon amour - Paul WendkosLa mise en scène de Wendkos, réalisateur ayant surtout travaillé pour la télévision américaine, transcende un récit lorgnant du côté de Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968) et de Faust, auquel renvoie le titre original The Mephisto Waltz, mais qui réserve néanmoins de nombreuses et belles surprises. Entourée d’acteurs convaincants – surtout la glaciale Barbara Perkins (Roxanne) et les angoissantes présences d’Alan Alda (Myles) et Curd Jurgens (Duncan) dans les autres rôles principaux – Jacqueline Bisset compose avec Paula, jeune femme sombrant dans les affres de la paranoïa, l’un de ses rôles les plus marquants au cinéma. La bande originale de Jerry Goldsmith, alternant entre classicisme et dissonances bruitistes, cadre le mélodrame tout en lui conférant un contre-point menaçant. Mais ce sont tout d’abord les insidieux mouvements de caméra, la géniale utilisation d’effets d’optique et les variations de focales opérés par le réalisateur qui donnent au film sa force hypnotique et effrayante. Wendkos nous glisse par des choix de mise en scène innovants dans la peau de Paula ; ménageant avec habileté le trivial et le suspense, le réalisateur gère à merveille la frontière entre fantastique et horreur psychologique pour faire planer sur l’ensemble de son film une dérangeante incertitude.

Tant il est remarquable sur le plan graphique, Satan, mon amour aurait sans doute mérité un travail de restauration plus approfondi, les couleurs délavées de la copie et le bruit envahissant l’écran dès que l’image s’assombrit nuisant très légèrement au visionnage. L’édition que propose Wild Side reste malgré ces quelques défauts tout à fait regardable et aura le mérite de faire découvrir ce film marquant dont Alain Schlockoff revient sur l’échec commercial au cours d’un entretien concis mais intéressant.

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