Heartworn Highways (1976), un documentaire de James Szalapski | Cinésthésies

Déviances | Musique

Heartworn Highways
un documentaire de James Szalapski (1976)

Heartworn Highways - James SzalapskiD’un studio d’enregistrement dernier-cri à la miteuse roulotte qu’habite Townes Van Zandt, Heartworn Highways pénètre l’âme de la country américaine telle qu’elle se réinventait au cours des années 1970. Des rades en bordure d’autoroute aux salles communales d’un pénitencier, de concerts improvisés en simples discussions par-dessus tasses de café et cendars ébréchés, la musique est omniprésente et défie tout soupçon de désuétude. Rejetant le son grandiloquent des productions de Nashville, la poignée de musiciens sur laquelle se concentre le vibrant documentaire faisait alors vivre l’esprit de l’outlaw movement : une musique puisant autant son inspiration dans les ballades de la country traditionnelle que dans la contestation des années 1960 et l’énergie du rock and roll qui en fut l’incarnation. A l’époque, Willie Nelson ou Waylon Jennings en étaient les figures de proue mais les illustres inconnus qui émaillent Heartworn Highways de leur talent allaient y contribuer, comme Steve Young par ses nombreuses compositions, ou par une reconnaissance plus tardive, notamment le luthier Guy Clark et les deux futures légendes qu’étaient encore Steve Earle et Townes Van Zandt.

Townes Van Zandt dans Heartworn HighwaysLa discrète caméra de James Szalapski saisit d’intimistes scènes entre Austin et Nashville, les deux foyers du mouvement. Autour de boutanches de whiskey, des hommes se réunissent pour jouer de la musique et s’écouter en toute simplicité. S’abstenant de commentaires, c’est un pan de la mythologie américaine que Heartworn Highways laisse ainsi se dessiner derrière son éternel nuage de fumée, faisant apparaître par la juxtaposition de la musique et d’images glanées le lien étroit entre un quotidien morose et cette vie faite de beuveries, de dur labeur et du besoin typiquement américain de prendre la route que narrent les chansons. A l’image du Walking Blacksmith, ce vieillard incapable de retenir ses larmes en écoutant l’interprétation bouleversante qu’offre Townes Van Zandt de « Waiting ‘Round to Die », ou des prisonniers assistant à la performance de David Allan Coe, le spectateur aura du mal à discerner dans cette musique souvent perçue comme archaïque autre chose qu’une modernité évidente.

Pour peu que l’extrait vous plaise, je vous encourage vivement à découvrir Heartworn Highways et les nombreuses et émouvantes performances qu’y livrent des artistes en état de grâce.

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