Le Cinéma japonais (Donald Richie, 2005) | Cinésthésies

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Le Cinéma japonais (A Hundred Years of Japanese Film)
un livre de Donald Richie (2005)

Le Cinéma japonais - Donald RichieInstallé au Japon depuis 1947, année de son arrivée en tant que journaliste sur l’archipel sous occupation américaine, Donald Richie est devenu au fil du temps l’un des principaux spécialistes occidentaux du cinéma nippon. Comme le remarque Paul Schrader dans la préface qu’il signe pour le présent ouvrage, il fut aussi l’un de ceux qui nous auront donné à mieux comprendre cette cinématographie nationale d’une extraordinaire richesse, que ce soit au travers des monographies qu’il consacra à des figures majeures comme Yasujirô Ozu et Akira Kurosawa ou de son regard d’historien passionné. Dans Le Cinéma japonais, sa quatrième et dernière Histoire du cinéma japonais, Richie (décédé en février 2013) se concentre principalement sur le contexte de production des films, analysant avec une grande finesse les conditions qui ont structuré tout au long du XXe siècle l’industrie cinématographique et l’approche esthétique du médium par les producteurs, scénaristes et metteurs en scène.

Pauvres humains et ballons de papier - Sadao YamanakaLe livre se révèle indispensable au cours de ses premiers chapitres, pêchant sur la fin par un dédain marqué de la part de l’auteur pour tout ce qui s’apparente, dans la production contemporaine, au cinéma d’exploitation ou de divertissement. Indispensable car Richie y revient en détail, et ce sur plus de 100 pages, sur l’apparition du cinéma au Japon et les évolutions de la production d’avant-guerre dont on estime avoir perdu plus de 90% des œuvres. Se basant sur les quelques films restants, les scénarios conservés et des photographies de plateau ou promotionnelles, il parvient à dresser un portrait de cette époque où émergeaient déjà les différents studios et principaux genres. Richie fait aussi ressortir l’importance du cinéma occidental, rattachant les réalisateurs japonais à leurs homologues américains et européens qui les ont le plus influencés. C’est aussi dès ces premières pages que Richie énonce ses deux grandes hypothèses : d’une part, que le cinéma japonais pencherait davantage du côté du « présentationnel » (la stylisation) alors que le cinéma occidental serait dans le « représentationnel » (le réalisme) et, par ailleurs, que la force motrice du cinéma japonais serait un tiraillement entre la tradition (la japonité) et la modernité (l’influence externe) et les incessants mouvements entre ces deux pôles que l’on retrouve aussi bien dans l’évolution des genres qu’au sein même des nombreuses filmographies abordées.

Vivre (Ikiru) - Akira KurosawaCondamné par l’exercice même qu’il entreprend à omettre certains réalisateurs et films clefs, Donald Richie s’en sort très bien dans les chapitres concernant le cinéma d’avant-guerre, de l’occupation et des nouvelles vagues. Il ne fait aucun oubli majeur et tout spectateur, du néophyte au spécialiste, y trouvera de multiples pistes à déblayer par des visionnages futurs. Malheureusement, au cours de la dernière partie du livre, où les réalisateurs se voient rarement consacrer plus de trois paragraphes, Le Cinéma japonais tombe quelque peu dans l’énumération lassante et la réticence de l’auteur à évoquer avec sérieux le cinéma d’exploitation dévoile les limites du projet. En somme, il faudra chercher ailleurs en ce qui concerne les Kinji Fukasaku, Norifumi Suzuki, Teruo Ishii, Shin’ya Tsukamoto et autres Sono Sion. Sa conclusion, sur les sorts opposés de l’animation très populaire au Japon et du documentaire qui peine à s’y imposer dans lesquels il voit un parallèle avec la préférence pour le « présentationnel » plutôt que le « représentationnel » est intéressante mais, là encore, trop brève. Richement illustré, bien que les reproductions soient petites, le texte est accompagné d’un glossaire des termes littéraires et cinématographiques japonais et d’indexes par titre de film et nom propre qui, en facilitant grandement sa navigation, font du livre non seulement une excellente première approche mais aussi un ouvrage de référence sur le cinéma japonais, du moins jusqu’aux années 1970. Datant de 2005, la liste des films disponibles en DVD et VHS est évidemment obsolète mais, chaque titre étant accompagné d’une brève critique, celle-ci reste un ajout très pratique. Publié aux Editions du Rocher, dans une traduction parfois bancale, Le Cinéma japonais est actuellement épuisé mais si vous le trouvez à un prix abordable et que vous vous intéressez à ce thème l’achat s’impose.

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